2009-08-11 10:14:10
Wimbledon s’est achevé voila maintenant plusieurs semaines. Assez pour que l’on puisse en faire un bilan ? Certainement.
L’essentiel est bien sûr la victoire de Roger Federer sur Andy Roddick, son 15ème titre du Grand Chelem et le moment d’histoire que cela représente. Le ralentissement de l’herbe, le bon parcours des terriens, la Murray mania, rien n’est vraiment important au regard de ce que le Suisse a accompli. Les Américains nommeraient sans hésiter ce dimanche… légendaire.
Un détail pourtant ne vous a pas échappé. Wimbledon a installé un toit amovible sur son court central. Comme un pied de nez aux organisateurs, la météo londonienne a été magnifique tout au long de la quinzaine. Le soleil et la chaleur auront dominé, et pour une fois, ni la pluie ni la grisaille de fin de journée n’auront perturbé ce magnifique tournoi.
Pardon, un match c’est joué sous couvert. L’enfant du pays, ou presque, Andy Murray a eu les honneurs de cette nouvelle installation contre un autre Suisse, Stanislas Vawrinka.
Le battage médiatique avant le début du tournoi avait été plutôt important. Roger Federer n’avait pas caché sont impatience « d’essayer » ce toit. Nous avions le sentiment qu’une certaine unanimité se dégageait des commentaires ou interviews traitant de ce sujet. Unanimité plutôt positive d’ailleurs. Je ne suis pas personnellement sûr que cela soit entièrement bon pour le tennis.
Détaillons tout de même les arguments en faveur d’un tel équipement.
Bien évidemment, l’argument numéro un est de permettre au tournoi de se poursuivre malgré la pluie. C’est un "plus" pour les joueurs qui peuvent en bénéficier ; cela évite les doubles matchs sur une journée. Dans le passé, des joueurs en forme et prêts à faire un bon résultat en grand chelem ont été mis à genou par ce coup du sort. C’est évidemment plus que vrai pour Roland Garros qui est le tournoi exigeant par excellence. L’autre tournoi « difficile » est l’open d’Australie, mais plus que la surface, c’est la chaleur à la limite du supportable qui dévaste les athlètes les plus préparés.
Cela permet aussi de ne pas prendre trop de retard et donc de ne pas être obligé de faire démarrer des rencontres très tôt le matin sur des courts annexes et avant que les supporters ne puissent pénétrer dans l’enceinte. Cela parait anodin, certes, mais le Brésilien 120ème mondial, qui se déplace sur ses deniers pour jouer le mythique tournoi de Wimbledon, sera un peu déçu de jouer le court 27 à 9h du matin. Raté, s’il est en quête de sensation et d’expérience.
Pour le spectateur, bien sûr, c’est un énorme avantage de pouvoir assister à des matchs de tennis malgré la pluie, surtout lorsqu’on a payé son billet, cher qui plus est. D’autant que les tournois du grand chelem ne remboursent pas en cas de pluie, c’est la mésaventure qui m’est arrivé à Rolland il y a deux ans. C’est plutôt désagréable.
La même remarque est valable pour les téléspectateurs : en cas de pluie, on a souvent une rediffusion d’un « déjà vu » ou d’une finale précédente, et si de temps en temps c’est plaisant, c’est souvent rasoir.
Autre point positif, c’est évidemment une prouesse technologique - presque esthétique- qu’ont réalisée les fournisseurs du toit mobile du court central de Wimbledon. Rien à dire sur la qualité de l’installation qui doit laisser rêveurs les dirigeants de la FFT et de Roland.
Voila quelques exemples, il y en a d’autres certainement et vous n’hésiterez pas en en trouver de plus convaincants. A vos commentaires !
Mais quels sont les aspects que je considère comme négatifs ?
Tout d’abord et parce que j’ai fini par ce point, cette prouesse technologique a un coût relativement élevé et seuls les gros tournois pourront se l’offrir. Finie l’équité entre grand chelem et tournoi challenger. Ce que je trouve formidable dans le tennis, c’est qu’entre le court central de Roland Garros et un terrain lambda utilisé par un joueur du dimanche, l’esprit du jeu est le même. Mêmes règles, mêmes contraintes, mêmes dimensions de terrain, et malgré le recul incomparable, les gradins, le public, les ramasseurs de balles et quelques aspects techniques différents (radar, hawk eyes, panneaux de scores…), le soleil ou le vent peuvent nous handicaper de la même façon. De nombreux sports ne peuvent malheureusement plus revendiquer cette équité.
Si ce type d'équipement risque à terme de creuser l'écart entre les majors et les autres tournois, il créera aussi une curieuse inégalité de condition au sein d’un même tournoi entre le central qui a son toit et les autres courts qui en sont dépourvus.
Ce n'est plus pareil ! Jouer à l'abri du vent, dans des conditions qui rapprochent de l'indoor, pervertit la règle d'égalité de traitement entre courts annexes et courts principaux. Cela sous entend que les meilleurs joueurs du monde qui jouent systématiquement sur les courts central seront arbitrairement avantagés.
Oui, les aléas climatiques font partie du jeu. Oserais-je dire concernant Wimbledon qu’ils sont une composante essentielle du charme de l’Angleterre et donc de son tournoi emblématique.
Il n’a jamais souffert de son climat… humide. Sa légende ne s’est pas construite « malgré » mais bien « grâce à » la pluie ! Vouloir supprimer tous les aléas d’une rencontre ne me paraît ni faisable, ni souhaitable. Evidemment je ne considère pas que le poignard planté dans le dos de Monica Selles soit un aléa souhaitable, bien au contraire. De même, et dans une moindre mesure, je suis agacé lorsque qu’un spectateur crie pendant le lancé de balle d’un joueur. Mais les conditions climatiques font partie de notre sport.
On refuse de faire courir une descente olympique de ski si la sécurité des participants n’est pas assurée. En dehors de ça, rien n’empêche la tenu de cette compétition, ni le froid, ni les chutes de neige, ni le givre ou la glace… la raison est simple, c’est un sport de plein air, comme le tennis.
Ce qui me mène à un autre argument. Je ne connais peu de sports de raquettes qui soient autant un sport d’extérieur et d’été que le tennis. C’est dans tous les cas le seul sport qui tire son essence de ce caractère. Tous les autres sports de raquettes olympiques (par exemple badminton, tennis de table) se jouent en intérieur, pour des raisons évidentes d’incompatibilité entre la précision qu’ils requièrent et le vent.
Il y a foule d’autres exemple : le volley et le basket se pratiquent dehors dans des formes différentes de leur version première et indoor. Et si le tennis a donné naissance à d’autres sports de raquettes qui se pratiquent en extérieur - le paddle, le speedminton, le speedball, le beach tennis… - aucun n’a véritablement atteint un équilibre entre ludisme et compétition comme le tennis l’a fait. Le tennis de compétition à son plus haut niveau se joue dehors.
Le tennis revit dès le printemps, les clubs extérieur ré-ouvrent leurs courts, les joueurs commencent timidement à rejouer en attendant la pleine saison, juillet et août, superbement amorcée par Roland Garros. Cette nature profonde n’est pas un obstacle au développement de ce sport, bien au contraire ! Le génie des Britanniques n’est pas d’avoir inventé le tennis, puisque ce sont les français et le jeu de paume qui en ont la paternité, mais bien d’avoir sorti ce sport de son « carcan couvert » pour en faire un jeu qui se joue… à l’air libre. Et son essor fulgurant au 20ème siècle en est la meilleure preuve.
Comprenons-nous bien. Je ne suis pas contre le progrès, ni même contre certains changements de règles, si les évolutions et l’époque le justifient. Mais il est parfois dangereux de vouloir « évoluer » sans tenter d’en mesurer les conséquences. Les récents championnats du monde de natation à Rome ont vu autant de records battus que de courses disputées, ou presque. Cette compétition restera-t-elle dans les annales ? Probablement, comme la pire démonstration de non-coordination des instances dirigeantes d’un sport, avec comme conséquence le sentiment que tout s’est joué sur la… combinaison. Est ce l'esprit du sport ?
J’espère que le tennis ne sera pas un sport d’extérieur pour les amateurs et indoor pour les professionnels. Cela serait dommage…et triste.
Parlez en à un ami »
Fri 17/09 10:25
Carnets de balles - Julien Pichené
Fri 21/05 11:04
Leucotomie préfrontale et tennis
Fri 20/11 15:26
Machisme ordinaire dans le tennis
Tue 11/08 10:14
Toi, toi mon toit
Fri 19/06 12:15
David Brunat - « Balles Trappe »
Thu 18/06 12:01
Introduction
Voir tous les posts
Eloge du grand air ! Très bon article, suis entièrement d'accord avec les arguments développés. T'es qui, toit ?
Drix2000 , 21/08/09 21:13