2011-06-03 16:06:43
Quelques impressions sur Roland-Garros 2011. Mais sur l’autre tournoi, celui dont personne ne parle : celui des jeunes. Un mien cousin, entraîneur d’un des meilleurs espoirs féminins de la planète, m’invite à suivre sa jeune prodige. J’assiste à trois rencontres. Toutes différentes et toutes également passionnantes. Les médias n’en feront aucun cas, même si la championne en herbe compte parmi les dix premières mondiales et pratique un tennis puissant, explosif, spectaculaire et plein d’une vitalité pas toujours bien canalisée mais qui a pour pendant une fraîcheur irrésistible qui n’appartient qu’à cet âge. Roland-Garros ? Chez les juniors, c’est tout pareil et tout différent à la fois. Les règles sont évidemment les mêmes, comme le sont les balles, la surface, l’arbitrage (même si les juges de ligne sont moins nombreux). Et la qualité de jeu soutient bien souvent la comparaison avec certains matchs du « grand tableau ». Mais c’est quand même un autre grand Chelem. Pourquoi ? Première raison, les tribunes sont clairsemées. Le public se compose de proches des joueurs, d’agents chargés de déceler les talents et de quelques curieux qui veulent juste voir du beau jeu, et qui ont bien raison ! Même lorsque la protégée de mon cousin évolue sous un soleil de plomb sur le court numéro 1 (le plus beau, et de loin, de tous les courts de la porte d’Auteuil, n’est-ce pas cher Jean Lovera !), qui plus est en étant opposée à une française, l’arène circulaire est au trois quarts vide. Et inutile de dire qu’on ne verra jamais une image de ces affrontements juvéniles à la télévision, qui n’a d’yeux que pour les vedettes. Et puis, autre différence, il n’y a pas d’argent en jeu. Les juniors en effet ne gagnent pas un centime sur les courts. Pas directement. Aucun prize money à escompter, et aucun point non plus à glaner à l’ATP ou à la WTA dans ces compétitions junior. Cela ne veut pas dire pour autant qu’ils jouent pour du beurre ! Tout travail mérite salaire, même et surtout quand on a quinze ans. Ils ont des contrats avec des sponsors, parfois des bourses, des aides, bref des facilités financières. Ils progressent et peuvent espérer sortir rapidement de l’anonymat, jouer en parallèle le tournoi des « grands » (comme l’a d’ailleurs fait la Française Caroline Garcia cette année), etc. Mais si le business rode comme partout ailleurs, il est prié de demeurer à la lisière des courts. Enfin, ces jeunes pousses conquérantes offrent le spectacle fascinant d’individus en formation qui sont à la fois des joueurs et des joueuses de tennis accomplis et … des (grands) enfants. Des êtres déjà devenus des champions mais encore en devenir. Des pros en culotte courte. Les parents bien souvent sont au bord du court – pour le meilleur et pour le pire. Le coach est, lui, comme un père de substitution. Tour à tour il encourage, applaudit, rassure, console, cajole. Son rôle, on l’a compris, ne se limite pas à un apprentissage technique : c’est un magister, mais aussi un grand frère, une nounou, un psy. Car les nerfs lâchent vite, le jet de raquette est fréquent, les gros chagrins affleurent dans la défaite. Que croyez-vous donc ? Les sanglots sont durs à réprimer dans cet âge encore tendre. Et, dans l’adversité, le junior en désarroi guette et quête tout signe de soutien de son entourage. On se croirait par moments au bac à sable, mais les gros bébés sont ici des Formule 1 de la raquette. Le coach est aussi un dresseur. Pendant les rencontres il donne des ordres : « Calm down ! ». « Move ! ». Après, il analyse, corrige, répare. Ces mécaniques-là sont fragiles et demandent des soins particuliers. Admirables juniors ! L’avenir est devant eux. Seront-ils à la hauteur des espérances qu’ils inspirent et qu’ils conçoivent eux-mêmes ? Ils ont leur destin en main. Mais l’avenir n’est jamais écrit. Emouvant spectacle de ces héros en construction ! Corps d’athlète, gestes de champions, attitudes de guerriers et âmes de marmots trop vite grandis. Ces petits Mozart méritent plus, je crois, que l’indifférence de la télévision et du grand public.
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