2011-01-20 10:59:32
A bout de souffle, l'Europe ? Le vieux continent vit des jours difficiles. Le modèle social a vécu (dit-on) ; l'euro est contesté (et contestable) ; la construction européenne ne fait plus rêver (hélas). Bref, le bel idéal européen a du plomb dans l'aile. "La vieille Europe m'ennuie", disait Napoléon. S’il avait vécu aujourd’hui et apprécié le tennis, il se serait exprimé différemment ...
L’Europe est lasse et doute d'elle-même. Comme tout dépressif, il lui faut un coup de fouet, un sujet de fierté, un domaine d'excellence pour aller de l’avant.
Bonne nouvelle : elle l'a trouvé ! Elle règne en maître sur un empire mondial. La planète jaune vit à l'heure européenne. Jamais sans doute l'Europe n'a exercé une telle domination sur le tennis mondial. Foin des désordres monétaires et politiques dont l'Union Européenne offre le malheureux spectacle, elle a un remontant tout trouvé à portée de main et de raquette.
L'Europe fut le berceau du tennis. C'est aussi le seul continent qui possède deux tournois du Grand Chelem. L'Asie, terre de dragons et de puissances émergentes, n'en a aucun. L'Amérique latine pas davantage, non plus que l'Afrique.
L'Europe, donc, se taille la part du lion avec ses deux "majors". En France et en Grande-Bretagne. Soit les deux pays européens également membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU.
Les règles du tennis, sa langue, ses codes ont été fixés en Europe. Le modèle s'est exporté, certes. Il a brillé en dehors de ses frontières, à commencer par les Etats-Unis et l'Australie, et en se mondialisant il a gagné à sa cause de nombreux pays qui ont brillamment entretenu la flamme : Argentine, Russie, Afrique du Sud, Maroc, etc.
Il y a matière à redonner du baume au coeur à tous les citoyens de l'Europe habités d'un sentiment patriotique : qu'il leur suffise de consulter le classement mondial de l'ATP ! Les premières marches y sont réservées sans exception à des Européens. Ah, ce classement redonne de l’espoir ! Il n’a rien de commun avec le classement international des universités, des grandes fortunes ou des dépôts de brevet, où l'on est heureux d'obtenir ici un modeste 50e rang, là une maigrichonne 100e place.
L'excellence tennistique est européenne. C’est un des rares domaines où les non-Européens se partagent les miettes d'un festin sur lequel les ressortissants du vieux continent font main basse.
Et il est très intéressant d’observer que le classement de l'ATP, loin d'exprimer la suprématie d'un seul pays d'Europe, reproduit et magnifie à sa façon la mosaïque européenne.
Qu'on en juge :
N° 1 : Rafaël Nadal, Espagnol. Europe du Sud, pays membre de l’Union Européenne et de la zone euro.
N° 2 : Roger Federer, Suisse. Pays neutre, non membre de l’UE.
N° 3 : Novak Djokovic, Serbe. Europe centrale, pays non membre de l’UE mais officiellement candidat.
N° 4 : Robin Söderling, Suédois. Europe du Nord, pays neutre, membre de l’UE.
N° 5 : Andy Murray, Britannique. Europe insulaire, pays membre de l’UE mais pas de la zone euro.
N° 6 : Tomas Berdych, Tchèque. Europe centrale, pays membre de l’UE, hors zone euro.
N° 10 : Mikhael Youzhny, Russe. Europe «de l’Oural», pays non membre de l’UE, non candidat.
Un seul joueur non européen figure aujourd’hui dans le top 10 : Andy Roddick, Etats-Unis.
A cette heure, il n'y a aucun représentant du couple franco-allemand, moteur historique de la construction européenne. Mais Gaël Monfils ou Jo-Wilfried Tsonga ne tarderont pas à faire leur retour dans ce club archi-fermé.
Hasard ? Manifestation d’un talent natif de la génération européenne actuelle, qui serait naturellement plus douée que la génération américaine, australienne, africaine et asiatique ? Consécration de la qualité des écoles de formation du vieux Continent, notamment de l’école espagnole, particulièrement réputée, et qui est la seule à compter plusieurs représentants dans les « dix » (Rafael Nadal, David Ferrer et Fernando Verdasco) ? Rôle des fédérations nationales ? Emergence d’une conscience sportive européenne ?
Quelles qu’en soient les raisons - sportives, économiques, géopolitiques ou autres -, le fait est que l’Europe surclasse comme jamais tous les autres continents.
La « maison Europe » craque de toutes parts. Mais, plus que jamais, la balle est dans son camp. Si Bruxelles et ses eurocrates vous fatiguent, faites un crochet par Wimbledon ou Roland-Garros. Effet tonifiant garanti pour le moral européen !
Parlez en à un ami »
Mon 13/02 20:16
Un aventurier nommé Rodgeur Fédérère
Sat 17/09 22:37
Tennis, mode d'emploi de Paul-Henri Mathieu
Fri 03/06 16:06
Juniors en plein essor !
Sat 23/04 11:23
Jazz à Roland, une autre histoire d'instruments à corde
Thu 20/01 10:59
La planète jaune à l'heure de l'Europe
Thu 15/04 18:06
Une certaine idée de l'amitié du côté de Roland-Garros ...
Fri 09/04 22:11
Quand le tennis fait son cinéma ...
Thu 28/01 11:32
Variations sur le Crocodile
Wed 20/01 22:58
Le tennis dans l'oeuvre de Dieu
Thu 19/11 17:27
Les Bleus vus de la planète jaune
Thu 05/11 11:36
De l’art aux courts, le style Harcourt
Fri 23/10 15:56
Le Senior Tour ou du bon usage de l’emploi des seniors
Fri 02/10 16:08
Grands de ce monde et petite balle
Fri 25/09 10:11
Tennis au pays des Soviets
Sun 20/09 22:20
Jeux de mains
Voir tous les posts