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David Brunat

  • Le tennis dans l'oeuvre de Dieu

    2010-01-20 22:58:36

    Les représentations du tennis dans la littérature ne sont pas légion.

    Mais le sont-elles davantage, d’ailleurs, dans la création artistique ? Non pas. Le grand peintre du genre, l’équivalent d’un Nicolas de Staël pour le football ou d’un Picasso et d’un Goya pour la corrida, n’est pas encore né.

    Il y a bien Charlelie Couture, dont les admirables crayons méritent une mention spéciale (je l’ai fait dans un précédent article de ce blog) ; mais enfin le tennis n’a pas trouvé son champion inventeur à plume, son Antoine Blondin ou son Hemingway, ni son génie coloriste à palette dans la veine des peintres précités. Il a eu des stylistes, comme Serge Daney ou Denis Grozdanovitch, mais le premier grand roman du tennis attend toujours son démiurge.

    Et si le lecteur curieux peut bien déceler ici une allusion ou une remarque, là une mention décorative, force est de reconnaître que le tennis n’offre presque jamais la trame d’un livre, sa matière première, sa vraie pulpe. (J’en excepte Jeu, set et match, amusante fiction imaginée par Jean-Pierre Brouillaud autour d’un fan déjanté de Guillermo Vilas, mais qui n’est pas une œuvre maîtresse).

    Pourquoi cela ? Je n’en sais rien. Faut-il croire que la balle jaune est dénuée de coefficient romanesque ? Que ce sport d’intense suspense, de coups de théâtre et de retournements de situations (rebonds et rebondissements !) ne se prête pas à une grande intrigue, ne peut susciter une solide enquête policière ni donner vie à une belle saga « gloire et fortune » ? Je ne sais pas.

    Le fait est que le tennis n’a, jusqu’à présent, enfanté aucun chef-d’œuvre littéraire.

    Alors, quand on rencontre dans un chef-d’œuvre littéraire quelques mots, quelques lignes sur le tennis, on savoure son plaisir !

    C’est le cas du très grand roman de John Irving, L’œuvre de Dieu, la part du diable. S’étendant sur les décennies 1930, 40 et 50 et se déroulant tour à tour dans un orphelinat et dans une prospère cidrerie de l’Etat du Maine, ce livre parle incidemment de tennis ; la bonne société de Nouvelle-Angleterre y joue, et Irving prend soin de le noter à plusieurs reprises. Un court de tennis, à l’époque, est l’attribut obligatoire des résidences bourgeoises et sa pratique une occupation obligée, quoique le plus souvent dilettante, des représentants de la bonne société.

    Le mot « tennis » apparaît plusieurs dizaines de fois dans ce livre ; comme une « petite phrase », un parfum suave et léger, une ambiance d’antan faite de flanelles souples, de cols durs et de cadres en bois.
    Le passage le plus significatif, je pense, est celui qui relate l’étonnante métamorphose d’un court de tennis … en Birmanie pendant la Seconde Guerre Mondiale.

    L’un des héros du livre s’est engagé comme pilote dans l’US Air Force après l’entrée en guerre des Etats-Unis, et son avion s’est écrasé en Birmanie. Le voilà condamné à un long séjour dans la jungle birmane, tout occupé à échapper aux Japonais qui disputent le pays aux Britanniques.

    Ce passage savoureux, presque rabelaisien, démontre le potentiel de transformation et de « recyclage » d’un court de tennis, apte aux destinations les plus triviales (telle qu’une porcherie !) comme aux plus beaux exploits sportifs.

    Mais il illustre aussi, il me semble, la puissance de métamorphose et de transfiguration du réel que possède un roman réussi :

    « Un jour, Wally [le héros en question] avait été transporté sur une éminence parsemée de mauvaises herbes et jonchée de crottes de porc ; au milieu, se trouvait un ancien court de tennis, aménagé par quelque Britannique. Le filet servait maintenant de hamac à un juge suppléant. Le court lui-même, à cause de la haute clôture qui l’entourait, était un bon endroit pour élever les cochons ; la clôture, qui empêchait autrefois les balles de tennis de se perdre dans la jungle, permettait maintenant de protéger les porcelets des léopards ».

    Qu’attend-t-il donc, ce grand magicien des lettres, pour livrer le premier chef-d’oeuvre romanesque qui aura le tennis pour matière, pour sujet et pour héros ?!

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Commentaires

Bonjour David,

Dans le cinéma nous avons eu "Match Point" de Woody Allen, oui, je sais c'est peu et c'est dommage. La petite balle jaune n'inspire pas beaucoup, heureusement que vous y avez remédié en écrivant "Balles trappe" (lol). J'en redemande!

John Irving est un de mes auteurs favoris. Il a tellement d'amour pour ses personnages et une imagination débordante!. Je suis sûre que lorsqu'il écrit, il se lâche complètement la bride, on le sent. Il a une plume extraordinaire, je trouve. On a aucun mal à "visualiser" personnages et situations. J'adore cela.

Il faut lire "Le monde selon Garp" qui est vraiment un petit chef d'oeuvre. Le passage où est décrit le pourquoi du prénom "Garp" choisi par la mère est vraiment hilarant!!

Ce qui me plaît chez lui, c'est que même dans les situations désespérées, il y a toujours une note d'humour. On rit, on pleure. Bref, il chamboule vos émotions.... il est "bouleversifiant" (un mot inventé pour lui).

Lara , 21/01/10 13:59



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