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David Brunat

  • De l’art aux courts, le style Harcourt

    2009-11-05 11:36:14

    Le célèbre studio Harcourt a 75 ans. La Fédération française de tennis et le Tenniseum de Roland-Garros célèbrent à leur manière cet événement : en dévoilant des portraits de stars de la balle jaune réalisés par Harcourt et qui n’ont jamais été montrés au public. Un événement sportif et artistique.

     

    La photographie sportive est d’abord un art du mouvement, qui glorifie le libre jeu des facultés du corps ; l’art d’Harcourt, lui, magnifie des visages et des caractères, vivants sans doute mais immobiles et comme retranchés de l’agitation du monde.

    Celle-là frémit et transpire ; celui-ci exige calme et repos. En prenant la pose, le modèle d’Harcourt doit faire une pause dans sa vie souvent bien chargée. Il souffle et se livre à l’objectif.

    La photographie sportive vit d’instants rares, elle capte le moment fugace de l’exploit, son rythme est volontiers haletant et survolté ; le style Harcourt, lui, est intemporel, presque hiératique, il fait ressortir ce qu’il y a de permanent dans le tempérament d’une personne, sa vérité profonde et pérenne. Et les modèles qui passent derrière ses appareils affrontent de véritables machines à sculpter les traits humains sur le papier d’argent. Or, le propre de la sculpture est de faire durer, de rendre en quelque sorte éternel.

    Associer le célèbre studio avec le monde du tennis et de ses héros n’allait donc pas de soi. Pour ces raisons-là et pour d’autres encore :

    Les stars du tennis sont gens pressés et passent leur temps à courir le monde ; or, la photographie de portrait, telle du moins qu’on la conçoit dans la vénérable maison Harcourt, demande un peu de patience et de disponibilité. Appuyer sur la touche « pause » n’est pas le geste le plus naturel pour ces athlètes toujours en mouvement ; il le faut pourtant avant de presser utilement le bouton de l’objectif du célèbre studio.

    Et puis le monde d’Harcourt est noir et blanc, aux antipodes des « couleurs primaires » de la très colorée planète tennis : le jaune des balles ; l’ocre ou le bleu ou encore le vert gazon des surfaces ; la palette complète du peintre pour les tenues des joueurs, etc.  

    Et puis le clair-obscur velouté des studios d’Harcourt – un monde feutré et retranché du vulgaire - contraste avec l’ambiance très sonore et très intranquille des stades de tennis.  

    Et puis il faut gérer les droits d’image de ces vedettes mitraillées en permanence par leurs fans et les journalistes, mais qui se font rarement tirer le portrait en dehors d’un contexte sportif ou people.

    Et puis, et puis …

    Et pourtant, l’alliance entre les monstres sacrés de l’ATP et de la WTA et les boîtiers précieux d’Harcourt s’est faite. Magnifiquement.

    Mariage heureux entre ce qui n’était peut-être pas la carpe et le lapin - mais pas loin. Et cette alliance vieille de 15 ans et qui a été consommée près de cent fois (soit le nombre de champions portraiturés par Harcourt) est toujours aussi belle.

    C’est en effet en 1994 que la Fédération française de tennis eut l’idée de commander au studio cinq portraits de joueuses et joueurs (Nathalie Tauziat, Mary Pierce, Henri Leconte, Arnaud Boetsch et Cédric Pioline) pour illustrer sa revue « Roland-Garros Magazine ». L’idylle était née. Elle dure toujours.

    La seconde bonne idée, largement due tout comme la première à Philippe Fages, jusqu’à très récemment directeur talentueux du Tenniseum et dircom de la Fédé, fut d’imaginer une exposition autour des joueuses et joueurs qui s’étaient fait tirer le portrait par Harcourt (soit directement dans ses studios, soit dans les studios mobiles ou « éphémères » édifiés pendant Roland-Garros et Bercy).

    Le résultat est une pure réussite.

    Les organisateurs de cette exposition n’en étaient certes pas à leur coup d’essai : on se souvient que le Tenniseum a abrité l’an dernier les créations du photographe de mode Koto Bolofo consacrées à Venus Williams. Mais c’était un hommage unique et singulier, auquel succède un hommage multiple et chronologique (car on peut admirer des dizaines de stars du tennis mondial, capturées entre 1994 et 2009).

    La beauté des clichés mérite à elle seule la visite. Une visite placée sous un double et mutuel hommage, celui de la photographie au tennis et celui du tennis et de ses plus grands champions à la photographie.

    L’intérêt de l’exposition repose largement sur le plaisir qu’on prend à découvrir sous un autre jour des visages bien connus, trop connus … mais ici complètement métamorphosés par les virtuoses du studio, car loin de leur image publique.

    Jeunes premiers pleins d’aplomb ou timides figurants, jeunes pousses encore fragiles ou adultes accomplis, coquettes et gueules de cinéma … : sont-ce là les as de la raquette que nous avons vus si souvent à la télévision ou depuis les tribunes, ou bien d’autres visages qui leur ressemblent mais ne sont pas eux ? Troublant ! Vérification faite, oui, ce sont eux. Les mêmes, mais autrement. Pris sous un autre angle, une autre lumière, presque avec une autre peau. Dans leur vérité d’individus, avec leurs forces et leurs lignes de faille. Humains, tout simplement …

    Alors, une fois absorbé le (doux) choc esthétique provoqué par ce changement « d’optique », on repasse en revue la galerie des Illustres et on se prend à imaginer ce qu’aurait pu être leur existence, si elle n’avait pas été consacrée au tennis.

    Ces stars de la raquette sont saisies loin de leurs habits de lumière habituels par la chambre noire. Mais quelle image d’elles-mêmes offrent-elles ?

    Eh bien, même si Harcourt a le chic pour « stariser » n’importe quel quidam, on a du mal à se défendre de l’idée que certains de ces prodiges de la balle jaune ont une présence et une « gueule » qui pourraient faire des étincelles devant la caméra.

    Ce sont de nouvelles personnalités qui surgissent, et qui affichent des ressemblances étonnantes avec d’autres vedettes issues d’un tout autre univers.

    Del Potro a un petit air de Gérard Philippe. Nicolas Mahut a tout d’un acteur shakespearien, Tsonga fait figure de dieu de l’Olympe au sourire familier et à l’élégante décontraction qu’on dirait empruntée à Barak Obama. Nicolas Escudé, lui, fait penser à Antonin Artaud, quand Tommy Haas évoque Johnny Deep, et Mathilde Johansson Grace Kelly, elle qui prend la lumière aussi bien qu’Elena Dementieva. On admirera aussi la paire française Nathalie Dechy et Nathalie Tauziat, tout de noir vêtues et s’apprêtant, dirait-on, à participer à un casting pour une nouvelle version de Jane Eyre ou une reprise d’un film de Clouzot.

    Je ne garantis pas que mon imagination ne m’ait pas joué des tours et que la ressemblance que j’ai vue, par exemple, entre le dernier vainqueur de l’US Open et l’interprète de Fanfan la Tulipe sautera aux yeux de tous les visiteurs.

    J’assure cependant que ces photos parlent. Que leur puissance d’évocation est aussi grande que leur force artistique. Qu’elles nous disent des choses sur celles et ceux qu’elles représentent.

    C’est aussi pourquoi je regrette vivement l’absence d’une figure qui s’imposait ici, car c’est la plus « harcourtienne » peut-être et la plus « fashion » à coup sûr : celle de Roger Federer.

    Lors du vernissage, l’énergique et sympathique responsable des expositions temporaires du Tenniseum m’a certifié que ce tort serait prochainement réparé : Rodgeur devrait se faire tirer le portrait à Bercy et rejoindre ainsi ses confrères et consoeurs qui ont déjà été « shootés ». Ouf !

    Y’a pas photo : cette expo fera date. De l’art aux courts, il n’y a qu’un pas ou qu’un clic, qu’Harcourt et ses modèles n’ont pas hésité à franchir. Merci !  

     

    « Hors court, les stars du tennis par Harcourt » – exposition au Tenniseum (le musée de Roland-Garros) jusqu’au 30 juin 2010. Pour en savoir plus : http://www.fft.fr/site-tenniseum/

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Commentaires

Connaissant les photos du studio Harcourt depuis plus de 50 ans et n'ayant pas encore vu cette exposition j'espère seulement qu'il a évolué sinon gare au coté ringard

jimscrap , 05/11/09 19:47


c'est vrai il manque Roger quel dommage! deux mondes se retrouvent celui du tennis et celui du cinéma mais les joueurs sur un court ne font-ils pas un peu du théâtre de temps en temps !c'est même un premier ou second rôle voir le rôle de leur vie qui est en jeu, on y joue et on y vit la colère la joie le dépassement de soi la beauté du geste tout un programme!

MissTennis , 09/11/09 11:16


MissTennis , 09/11/09 11:17



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