2009-10-23 15:56:22
Honneur aux vétérans. Aux « ex », à toutes les gloires vivantes d’un sport qui a le goût de l’exploit mais aussi le sens de la mémoire, et qui cultive avec passion le souvenir des faiseurs d’exploits.
Le tennis est doué pour le mythe et la nostalgie. Il sait magnifier et mettre en scène sa propre histoire en faisant remonter en selle ses vieux acteurs, qui « rejouent le match » dans des remakes bon enfant et parfois superbes. Pour notre plaisir. Et pour le leur.
Les anciens présidents américains font de l’humanitaire et des affaires. Leurs homologues français font de la littérature ou de l’humanitaire. Et des affaires. Mais qu’advient-il des champions de tennis une fois retirés du circuit ? Eh bien, ils font pareil : des affaires, de l’humanitaire, et même de la littérature lorsqu’ils tirent un livre de leurs souvenirs et confidences. La seule différence est qu’ils continuent à jouer au tennis et à commenter des matchs de tennis, à entraîner des joueurs de tennis plus jeunes ou encore à s’instituer consultants, experts, agents, etc. dans les choses du tennis.
Bienvenue au royaume de la nostalgie tennistique et de l’éternelle jouvence !
Oui, le tennis a sa mythologie, sa légende dorée, sa liturgie, et surtout ses chevaliers et demi-dieux, seigneurs de la guerre aux exploits homériques chantés d’âge en âge : « Hall of Fame », Trophée des Légendes, Trophée Lagardère, ATP Champions Tour …, sont autant d’offrandes au devoir de mémoire tennistique.
Il y a quelques jours s’est joué l’un des actes annuels les plus courus de cette épopée qui rassemble ces pimpants vétérans toujours ravis de remonter sur la piste aux étoiles. Du côté du bois de Boulogne, en ces lieux empreints d’un raffinement et d’une nostalgie proustienne, s’est déroulée la 6e édition du trophée Lagardère, terrain d’élection du Gotha « carte vermeil » de la planète jaune. On y a retrouvé, comme les années passées, la fine fleur de l’aristocratie du tennis mondial retirée du circuit officiel, mais toujours titillée par les bonnes sensations du jeu et – qui sait ? – par la volonté d’en découdre encore et de faire parler la poudre par-delà les années. C’est le Suédois Enqvist qui s’est imposé cette fois-ci, détrônant Stefan Edberg, vainqueur en 2008 du trophée.
Dans toutes ces rencontres du « Senior Tour », la notion de plaisir prend le pas sur la pression du monde professionnel. Ce n’est ni la recherche du gain, ni celle de la gloire médiatique qui pousse toutes ces stars cousues d’or et percluses d’expérience à fouler la terre battue du bois de Boulogne, le Royal Albert Hall de Londres ou la pampa sud-américaine. C’est le plaisir du jeu, la lutte pour l’honneur, l’envie de se donner encore à fond dans ce sport qui leur a tant donné. Donc une sorte de retour aux origines du tennis aussi bien qu’un retour en grâce pour ces champions retraités.
C’est ainsi que les grands noms du circuit mondial des années 90 continuent à dicter leur loi et à agir comme un élixir pour tous ceux qui, comme moi, ont admiré leurs chansons de geste et appris à les réciter à l’école.
Leurs noms résonnent toujours comme autant d’épouvantails et de terreurs jaunes. Les voici, ces Ajax, Ménélas, Achille et autres Hector de la guerre de craie, de ciment et de gazon ras allumée par des foudres de guerre qui ont pour nom McEnroe, Bruguera, Wilander, Forget, Leconte, Edberg, Vilas, Noah, Pat Cash, Jarryd, Ivanisevic, Muster, Kafelnikov, Chang, Enqvist, etc., rejoints depuis peu par le grand Agassi, dernière recrue du « Outback Champions Series » (il vient d’être battu en finale de son premier tournoi par Todd Martin, qu'il avait sorti en finale de l'US Open 1999 …).
Tous ces noms figurent au Panthéon du tennis. Mais ils n’y reposent pas sous une dalle de marbre. Ils sont ici, bien vivants. Ce sont des héros de chair et d’os qui se bagarrent comme des gosses, qui ont conservé leur combativité, leurs meilleurs coups et leurs réflexes. Et qui entendent le faire savoir. Ne sont-ils pas là d’abord pour ça ? Mais si !
Je vois dans ces rencontres à la dimension dramaturgique prononcée une sorte de musée vivant du tennis où les temps – le passé des exploits et le présent des rencontres - se conjuguent, concordent et se parlent. Où les joueurs luttent les uns contre les autres mais aussi chacun contre soi-même et contre la fuite du temps, où tous veulent démontrer qu’ils ont encore « de beaux restes » et que leur talent est à l’abri des injures du temps.
Alors tous les amateurs de tennis peuvent leur être reconnaissants de faire revivre sous leurs yeux émerveillés l’histoire du tennis. Sans eux, cette histoire serait renfermée dans les images d’archives et les livres de souvenirs. Figée. Statufiée. Sans vie.
« Etre et avoir été », dit le proverbe. Le senior tour permet « d’être » après « avoir été » ; il offre même à ces vieux lutteurs un devenir, une deuxième carrière.
Pour ces vedettes blanchies sous le harnais, la question de l’emploi des seniors devient un jeu d’enfant.
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