2009-09-20 22:20:46
Regardant le double lors de la rencontre de barrage entre la France et les Pays-Bas, j’ai goûté la qualité du tennis développé par la paire Tsonga/Llodra, attelage inédit mais efficace - et phonétiquement consonnant - du droitier surpuissant et du gaucher aérien.
J’ai aimé le panache qu’ils ont montré et la hargne qu’il leur a fallu déployer pour l’emporter sur des Bataves coriaces et survoltés, malins et sachant jouer à domicile.
Mais j’ai aussi été très frappé par un phénomène comiquement répétitif : les joueurs tricolores, du premier échange jusqu’à la balle de match, se sont tapés dans la main après chaque point. Gagné ou perdu. Sans aucune exception.
Je me suis demandé ce que leurs glorieux aînés en Coupe Davis, les fameux Mousquetaires en flanelle blanche qui savaient faire des révérences aux comtesses et ne savaient pas jurer sur un court, auraient pensé d’une telle attitude.
Et je me suis interrogé sur le sens de cette étrange gestuelle.
Je crois que Lacoste et ses coéquipiers seraient restés interdits devant ce spectacle, inoffensif assurément mais enfantin. Et quelque peu stéréotypé aussi, tant cette manie de toper sans manière après chaque point peut devenir lassante à la longue (y compris peut-être pour les deux « topeurs »), sorte de ressort mécanique de pure habitude, sinon de pure superstition.
Ils l’auraient probablement jugée inconvenante. Ou en tout cas exotique. Leur époque n’était guère portée à l’expression des sentiments. Et les corps étaient tenus en lisière ; d’où pantalons longs, tenues strictes et gestuelle réduite à sa plus simple … expression.
Autres temps, autres mœurs …
Je ne suis pas de ceux qui déplorent l’évolution des comportements sur le court et dans les tribunes. Il y a eu, c’est indéniable, un relâchement dans les codes vestimentaires, dans les façons de s’encourager sur le terrain ou de soutenir ses champions depuis les gradins. Cela n’a-t-il pas été le prix - raisonnable - à payer pour la démocratisation du tennis ? Et puis l’élégance sait se perpétuer au pays de la balle jaune - en propos, en attitudes, en styles de jeu et encore en façons de s’habiller.
Donc, je ne juge pas mal ces manières de basketteur ou de rappeur qui conduisent nos joueurs de double à se taper dans la main, excusez du peu, plusieurs centaines de fois par match. C’est une mode, oui. Un peu gnangnan, oui. Mais qui m’amuse et que j’aime pour plusieurs raisons.
D’abord parce qu’elle nous ramène, sans même qu’on y pense, à l’origine du tennis : le jeu de paume, ainsi nommé parce qu’il se jouait à l’origine avec la paume de la main. La raquette inventée pour remplacer les coups avec la main devint, en même temps que le commode substitut de cette dernière, son prolongement. Une autre main, quoi, une main de bois et de boyau avant d’être de carbone et de fibre synthétique.
Bien sûr, le tennis n’est pas un jeu de main. La main n’y a aucun droit de cité, au contraire du football, du hand-ball ou encore du volley, toutes disciplines qui stimulent le libre jeu des facultés du corps en certaines de ses parties maîtresses (pied, main, avant-bras, tête) et qui n’existent à vrai dire que parce que les humains joueurs disposent de ces organes.
Il n’empêche que sans main, on est très manche au tennis. On ne peut même pas tenir une raquette. Ni a fortiori prendre la main dans une partie.
Un coup droit, c’est en français un coup droit, et un revers un simple revers ; mais en anglais, on parle bien d’une main, du plat de la main ou du revers de la main (« forehand » ou « backhand »). C’est donc un peu un jeu de main(s) quand même, le tennis…
On dit aussi : au tennis, on ne touche pas. Exact. Le seul vrai toucher autorisé et encouragé, en dehors du serrement de mains de son adversaire après la partie, c’est le toucher de balle. Et il est juste de rappeler que le tennis n’est pas du tout un sport de contact. Toucher l’adversaire pendant un échange ? Impensable. On n’est pas au rugby. Toucher le filet ? Interdit. Effleurer son adversaire au changement de côté ? Provocation ! Inconduite !
Bref, au tennis, pas touche !
Mais voici qu’entre en scène une catégorie à part, étrange, frondeuse, presque contraire aux canons de la discipline : le double.
Dans le double, le tennis se livre à une espèce de dédoublement de la personnalité. Fini l’interdit tactile ; on a le droit de se toucher entre partenaires, c’est même devenu un rituel. On rompt avec la solitude du simple, où l’on n’a personne à qui parler et avec qui entrer en contact, qu’il soit verbal ou épidermique. C’est qu’on a formé une équipe ; et une équipe qui fait corps, qui littéralement se donne la main. Alors pourquoi ne pas se taper dans la main, affirmer une solidarité de corps et de pensée qui passe par une véritable « communion manuelle » ?
Voilà ce que je me suis dit en voyant Jo-Wilfried Tsonga, droitier, et Mikaël Llodra, gaucher, passer leur temps à réunir leurs deux paumes dans un claquement bref et viril, comme si la paluche active et aimantée de chaque joueur était inexorablement appelée par l’autre aussitôt l’échange achevé.
Et en plus ils ont gagné. Ils avaient un bon bras et une bonne main sur le court aujourd’hui. Pourquoi alors se priver du plaisir de se taper dans la main ? Give me five !
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Brillant :) Je ne sais pas si vous avez remarqué comme les joueurs de doubles néerlandais masquaient leurs bouches de la main lorsqu'ils discutaient tactique avant de servir. Pardon mais la France aurait elle dépêché des émissaires espions parlant la langue du pays de la tulipe et étant capable de lire sur les lèvres. ? A moins que le double français soit plus polyglottes que noue le pensions :) Nos deux langues sont elle si proche que nos adversaires aient eu peur de dévoiler leurs plans secret ? En parlant de tic :)
spoonnie , 24/09/09 10:22