2009-09-04 11:21:41
Le compteur de Fabrice Santoro s’est arrêté sur le chiffre 69. Tel est le nombre - ahurissant - de Grands Chelems auxquels aura participé le Français depuis les temps – immémoriaux – où il évolue chez les pros. Record absolu, bien sûr, qui n’est pas prêt d’être battu.
Cette incroyable série vient de prendre fin : l’édition 2009 de l’Us Open 2009 sera sa dernière participation à un Grand Chelem.
Cette performance vaut à celui qui l’a réalisée de prendre rang parmi les figures mythiques de la balle jaune, même si les esprits chagrins ne manqueront pas de faire observer qu’en 69 Grands Chelems, Santoro n’en a jamais gagné un, ni même approché d’une finale voire d’une demi-finale (du moins en simple, parce qu’il a tout de même remporté deux fois l’Open d’Australie en double).
Ce qui confère à Santoro une place à part - et une place tout court - dans le Panthéon des joueurs ne tient pas seulement à ce drôle de record qui illustre à sa façon l’adage de Coubertin, « l’essentiel est de participer ». C’est son tennis, sa vision du jeu et la façon dont il l’a fait évoluer au fil du temps qui lui valent cette place et cette aura parmi les joueurs, actuels et retraités, qui l’ont affronté sur les courts depuis vingt ans, et qu’il a souvent rendus fous par son sens tactique et son invraisemblable toucher de balle.
Le « cas Santoro » ? Un vivant paradoxe. Qu’on en juge.
Dans un sport où la grande taille est devenue un atout décisif, voire une figure obligée, Santoro affiche sous la toise un gabarit presque liliputien : 1,77 m !
S’il fait figure de joueur d’exception, au point que Sampras l’avait surnommé « le magicien » et que les médias lui donnent du « Fabulous Fab », cependant son palmarès est modeste : 6 titres en simple et aucun majeur, Grand Chelem ou Master 1000. Son meilleur classement en simple ? 17e. Mais tout de même une belle moisson de blé compensant le peu de lauriers et de trophées glanés en tournois, puisque son prize money s’élève à près de 10 millions de dollars – indice de son exceptionnelle longévité.
Autre caractéristique intéressante, qui l’apparente à Agassi : avant de faire figure de Mathusalem du tennis, il fut un emblème de la précocité, puisque tour à tour champion de France des 12 ans, 14 ans et 16 ans, n° 2 mondial chez les juniors, et enfin et surtout membre du top 50 à 18 ans, âge auquel il joue déjà en Coupe Davis.
Par ailleurs, Santoro, il faut y insister, a fait subir à son jeu, au cours de sa carrière, une transformation radicale. Ce qui, pour le coup, le rapproche d’un Wilander …
Lassé par son propre style, il perd goût au tennis et commence à décliner lors des saisons 1995 et 1996. Retombé à la 118e place mondiale, il n’est alors pas loin d’abandonner ... C’est à ce moment qu’il retrempe son tennis avec l’aide de son père et entraîneur, qui lui apprendra à varier ses coups et à faire un meilleur usage de sa meilleure arme : sa malice tactique. Aussi se met-il à monter au filet et à mobiliser jusqu’à la débauche ses coups chopés qui en déboussoleront tant, au premier rang desquels Marat Safin, dont il fut la bête noire, Santoro ayant remporté contre l’ancien n° 1 mondial 5 de leurs 7 rencontres officielles ! (Il est d’ailleurs amusant de voir que les deux joueurs ont fait en même temps leurs adieux aux Grands Chelems en se retirant après l’Us Open, où ils ont tous deux été éliminés au premier tour).
Ce virage tactique et stylistique entrepris au milieu des années 90 relancera efficacement sa carrière. Il lui permettra surtout d’acquérir l’image - enviable – qui le suit depuis lors, celle d’un joueur atypique, capable de battre n’importe qui malgré ses limites physiques, doté d’un jeu très spectaculaire en dépit de son manque de puissance. Une réputation de gars toujours susceptible de faire la différence grâce à une intelligence tactique et à une science du jeu uniques.
En un mot, Fabrice est de la race des créateurs peu gâtés musculairement par la nature mais qui ont su s’imposer avec leur tête. C’est cette race, rusée et patiente, à laquelle appartiennent les Mecir, les Rochus, hier les Arthur Ashe ou les Gene Meyer. Une race d’inventeurs un peu chétifs, qui improvisent des coups rares mais qui savent aussi voir particulièrement clair dans le jeu de leurs adversaires et monter à l’assaut les défauts de la cuirasse des gros bras.
C’est une race de petits malins, roublards, vifs, changeants (qui excellent à alterner coups longs et courts, effets, frappes coupées et chopées, à multiplier les changements de rythme, les contretemps, les contrepieds, etc). Déroutants et saugrenus. A gifler tant leur jeu surprend, déstabilise, détraque.
C’est la race des David qui peuvent abattre (pas toujours) les Goliath du circuit et déjouer le complot de la seule puissance. Ruse contre force. Toucher contre frapper. Scalpel contre canon. Et même si Santoro n’a jamais gagné en simple un tournoi majeur ni accédé au top 10, il a battu Sampras, Agassi et Ivanisevic à trois reprises. Avant de boucler la boucle avec un alléchant 69 en Grand Chelem.
Chapeau l’artiste !
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Ah c'est sûr, il va nous manquer le Fabrice. Lui plus Safin, c'est deux grands joueurs qui nous quittent cette année :(
Geoffrey , 05/09/09 10:46