2009-06-27 13:43:46
A l’heure où se tient Wimbledon (ainsi désigné par référence au quartier éponyme de Londres où se déroule le tournoi depuis 1877), il est intéressant de revenir sur la figure historique indissolublement liée au Grand Chelem français : cet illustre inconnu nommé Roland Garros, qui n’eut de cesse pendant toute sa courte vie de prendre les airs et dont le souvenir restera pourtant à tout jamais associé à la terre (battue) …
…
Que savez-vous de Roland Garros ? Qu’il fut un aviateur, un pionnier, un as. Qu’il a accumulé exploits et records dans les airs. Peut-être même avez-vous appris qu’il y est mort, dans les airs, fauché par un avion allemand quelques jours avant l’Armistice de 1918. Vous vous souvenez qu’il a été le premier à traverser la Méditerranée, à une époque (1913) où cette prouesse était jugée impossible par les meilleurs experts. Vous vous agacez que son prénom soit si souvent orthographié avec deux « l » (deux ailes ?) dans les journaux. Mais surtout, vous savez qu’il a donné son nom à un stade célèbre … et vous avez oublié pourquoi. Malin que vous êtes, vous n’êtes pas tombé dans le piège en allant penser que c’était un champion de tennis.
J’en étais pour ma part à ce degré précis de savoir (ou d’ignorance) sur ce fascinant aventurier du ciel quand j’ai lu par hasard la biographie que lui a consacré Georges Fleury (Roland Garros, un inconnu si célèbre, Bourin Editeur), écrivain prolixe dont l’abondante bibliographie compte des ouvrages sur les Bérets verts, l’histoire de la SPA ou encore la Cuisine du pêcheur à pied … Donc pas vraiment un spécialiste de la planète jaune ! Mais pas moins, après tout, que l’homme qui s’appelait Roland Garros …
Cadeau d’un ami attentionné, ce bouquin aurait pu me tomber des mains. Je l’ouvris par égard pour le donateur. Et un peu aussi par une sorte de devoir d’information vu qu’on était à quelques jours du début du « French » - un bon moment pour se cultiver sur l’histoire du tennis français et en apprendre un peu plus sur cette figure tutélaire de la porte d’Auteuil.
Une fois entamé, je ne l’ai pas lâché. Je vous le recommande. La vie de Garros est un roman, intense, admirable de courage et de passion. Et doté d’une parfaite unité de lieu : le ciel, les airs, les nuages … Drôle d’endroit pour une rencontre avec la terre battue !
Il est prodigieux que le temple de la terre battue doive son nom à un chevalier du ciel qui s’employa toute sa vie à s’arracher au plancher des vaches et qui, même s’il lui arrivait parfois de taper la balle, ne fit rien pour promouvoir la balle jaune - du moins de son vivant.
Il y a encore plus fort : des quatre grands Chelems, seuls les Internationaux de France sont associés à la mémoire d’une personnalité. On gagne Wimbledon (quartier du sud-ouest de Londres), on remporte l’US Open à Flushing Meadows (parc new-yorkais), on s’impose à l’Open d’Australie à Melbourne Park … Mais on gagne Roland-Garros. Or, je le répète, cette personnalité n’eut de son vivant que de très superficiels rapports avec le monde de la balle jaune.
Donc, quand on triomphe sur la terre ocre de « Roland », c’est sous l’égide paradoxale d’une gloire aérienne. Une vedette disparue dix ans avant la construction de ce stade (1928), lequel fut baptisé ainsi parce que le président du Stade Français - club dont Garros était membre - exigea qu’on lui donnât le nom de son ami disparu. Un beau cadeau pour la postérité de l’aviateur !
Roland Garros, qui n’a jamais excellé au jeu de balle, est peut-être la plus grande gloire posthume du tennis. Paradoxe magnifique !
C’est peut-être aussi un symbole d’espoir pour tous les gagne-petit de la balle jaune désireux de se faire un nom par d’autres moyens qu’en inscrivant leur patronyme au palmarès du tournoi !
Quoi qu’il en soit, il est fascinant qu’une personnalité aussi étrangère au monde du tennis ait donné son nom à l’une des marques tennistiques les plus connues dans le monde, un monument du patrimoine national aussi célèbre et peut-être plus encore qu’une autre marque créée, elle, par un héros de la balle jaune : Lacoste.
Roland Garros est ainsi passé dans l’imaginaire populaire du manche à balai au manche de raquette. Métamorphose quand même assez marrante …
Ah ! J’allais oublier ... Le Stade Roland-Garros (toujours avec un seul « l » mais cette fois-ci avec un trait d’union entre le prénom et le nom) se trouve avenue Gordon-Bennett (trait d’union). Qui c’était, celui-là ? Un joueur de tennis ? Pas du tout ! Un milliardaire américain excentrique qui vécut à l’époque de Garros et créa un prestigieux trophée pour les courses aéronautiques.
Les travailleurs de la terre battue sont décidément obsédés par les conquérants du ciel. Allez comprendre pourquoi …
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