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  • Une certaine idée de l'amitié du côté de Roland-Garros ...

    2010-04-15 18:06:34

     

    Ce lieu est discret, presque confidentiel, mais il est ouvert à tous.

    On pourrait le croire retranché du monde, à l’abri du clapotis de l’époque, campé sous terre par orgueil et tempérament. Mais non : il est certes souterrain (c’est un parti pris architectural comme un autre) et lové dans les « racines » d’une maison à colombages, mais il est aéré, lumineux (mieux : inondé de clarté) et extraordinairement stylisé.

    Et puis - le principal ! - il est vivant. Pas du genre momifié, ni cuistre. Un musée qui est, à sa façon, le cœur battant du tennis français et la vitrine de sa prestigieuse histoire. Savez-vous que le tirage au sort de Roland-Garros se déroule chaque année dans ses murs ?

    Voilà donc un musée qui n’ennuie pas et qui ne cherche pas à faire perdre au visiteur son argent, son temps et sa patience. Un musée moderne. Et qui cherche d’ailleurs à l’être davantage encore, en particulier par une utilisation accrue des supports audiovisuels et interactifs et une scénographie d’avant-garde. Qui cultive la mémoire de la balle jaune mais ne s’enferme pas dans le culte du passé. Tourné vers l’avenir (malgré son nom latin de grosse bête préhistorique).

    Ce lieu au charme subtil et envoûtant, le « Tenniseum » ou musée de Roland-Garros, est à la confluence du sport, de l’histoire et de l’art. C’est un bâtiment remarquable conçu par l’architecte Bruno Moinard, qui a à son actif la réhabilitation du musée des Arts décoratifs, l’aménagement des boutiques Cartier, celui du siège de Christie’s à New-York, etc. C’est un centre documentaire unique. C’est la bibliothèque d’Alexandrie de la littérature tennistique. Et c’est en outre un haut lieu de manifestations culturelles, d’expositions liées à l’univers de la balle jaune. Photo, BD, art pictural, expositions thématiques, hommages à de grandes figures de l’histoire du tennis (« René Lacoste, visionnaire ») …

    « Le musée est un des lieux qui donnent la plus haute idée de l'homme », disait Malraux. Peut-être. Sûrement. Le Tenniseum répond bien à cette exigence, lui qui donne une haute et belle idée de cette création du génie humain qu’est l’art de la balle jaune.

    Il faut voir dans le Tenniseum l’un des temples les plus originaux parmi tous ceux, nombreux, qui ont été érigés à travers le monde à la gloire du tennis et de son histoire – une religion universelle, œcuménique et épargnée jusqu’ici par la crise des vocations.

    Et le Tenniseum a ses gardiens du temple : les membres de l’Association des Amis du Musée.

    Ils tenaient conclave récemment, réunis en Assemblée générale sous la férule de leur « pape », leur nouveau et charmant président Gilles Destremau. Une association chaleureuse, ambitieuse pour les lieux qu’elle contribue à promouvoir, mais nullement prétentieuse. Et qui travaille en bonne intelligence avec la FFT et son nouveau directeur de la communication, Edouard-Vincent Caloni, qui s’est fendu d’un long exposé sur les projets à l’étude pour faire rayonner encore plus le Tenniseum.

    Participer à une réunion de l’association, c’est s’offrir une plongée dans l’eau vive du tennis français d’hier et d’aujourd’hui.

    Le susnommé président est le fils d’un ancien numéro 1 français, Bernard Destremau. Son prédécesseur n’est autre que Pierre Darmon. Le secrétariat général est assuré par Janine Borotra … Vous y croiserez également la fille d’Henri Cochet, mais aussi la maman de Cédric Pioline, ou un descendant de René Lacoste, ou encore Françoise Durr, dernière vainqueur française de Roland-Garros avant Mary Pierce en l’an 2000. J’en oublie, qu’ils m’en excusent.

    Mais je vous vois venir ! Vous allez dire : voilà qui est bien beau, mais comment se faire admettre dans cette honorable coterie ?  … Intriguer auprès de membres influents (ils le sont tous par principe) ? Soudoyer un comité de parrainage intraitable ? Se réclamer d’appuis prestigieux, réels ou supposés ? Poireauter des lustres sur une liste d’attente incertaine et promettre des fortunes à la bonne âme qui finira par vous ouvrir les portes du royaume ?

    Rien du tout !

    Il vous suffit de sortir votre stylo, de remplir un chèque de 30 euros, de l’adresser à :

    Madame Janine Borotra
    Association des Amis du Musée de Roland Garros
    Stade Roland Garros
    2, avenue Gordon-Bennett
    75016 PARIS

    Et aussi, de parler (en bien) du Tenniseum et de vous dépenser sans compter pour qu’autour de vous on en cause également (en bien).

    Pas bien sorcier, donc, d’être adoubé dans cette chevalerie bien avenante et passionnée. Une aristocratie du cœur et de la passion.

    Et notez sans plus tarder que la prochaine expo au Tenniseum aura pour sujet les 30 ans d’affiches du tournoi de Roland-Garros. A visiter à partir de fin mai.

    On en reparlera, ici et ailleurs.


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  • Quand le tennis fait son cinéma ...

    2010-04-09 22:11:08

    La petite balle a parfois inspiré le grand écran. Elle l’a rarement crevé : peu de grands films ont le tennis pour sujet.

    Moteur. Voici une liste non exhaustive d’œuvres cinématographiques qui lui rendent un hommage plus ou plus direct et plus ou moins réussi :

    L’inconnu du Nord-Express, d’Alfred Hitchcock.

    Le crime était presque parfait, du même.

    Rebecca, encore du même.

    Match point, de Woody Allen.

    Annie Hall, du même.

    Le dernier empereur, pas du même mais de Bernardo Bertolucci (mêmes initiales que Bjorn Borg ou Boris Becker).

    Le genou de claire, qui n’est pas sorti de la cuisse de Jupiter mais de l’imagination d’Eric Rohmer.

    Les sorcières d’Eastwick, de George Miller, avec un casting de champion(ne)s du monde : Jack Nicholson, Susan Sarandon, Michelle Pfeiffer, Veronica Cartwright …

    Bee Movie, ou quand une abeille se met au tennis. Piquant.

    Gigi, de Vincente Minelli.

    Un éléphant ça trompe énormément, avec plein de stars françaises.

    Lolita, d’Adrian Lyne, avec Jeremy Irons et Melanie Griffith.

    Blow up, de Michelangelo Antonioni, avec la belle Vanessa Redgrave.

    Second serve, d’Anthony Page, toujours avec Vanessa Redgrave.

    Chambre avec vue, de James Ivory.

    Pat and Mike (« Mademoiselle Gagne-Tout » en V.F), de George Cukor avec Katherine Hepburn.

    Les Berkman se séparent (« The Squid and the Whale » en V.O), de Noah Baumbach et non Noah Yannick.

    Wimbledon (« La plus belle victoire » en V.F), un mélo avec Kirsten Dunst et Paul Bettany.

    Le stade de Wimbledon, de Mathieu Amalric.

    La Famille Tenenbaum, avec Ben Stiller, Anjelica Huston, Gwyneth Paltrow …

    La femme d’à côté, de François Truffaut.

    School For Scoundrels, de Robert Hamer, avec Ian Carmichael.

    Balls out : The Gary Houseman Story, traduit en français par « Hors jeu », comme s’il y avait des hors jeu au tennis (sont cons alors ces traducteurs, se croient sur un terrain de foot ou quoi ?). C’est l’histoire d’un surveillant de lycée - un pion – qui se met en tête de coacher une équipe de tennismen pour les mener à un championnat dans le Nebraska. Un scénario de génie, ça.

    The break, de Lee H Katzin.

    Nobody’s perfect, de Robert Kaylor.

    Hard, fast and beautiful, un film du début des années 60 qui raconte l’histoire d’une mère possessive (qui n’est pas celle de Woody Allen) qui pousse sa fille, douée pour le tennis, dans l’univers de la compétition. Très belle affiche avec une splendide bimbo exhibant une raquette et des formes généreuses sous un ensemble blanc très court. Anna Kournikova avant l’heure.

    Tennis, anyone ?, film explicitement consacré à la balle jaune et qui s’avère être tout aussi explicitement raté. Dommage parce que l’idée est excellente : c’est l’histoire de deux « has been » de Hollywood qui essaient de se refaire pendant un tournoi de célébrités.

    Et bien sûr, dans un genre bien meilleur, Les vacances de Monsieur Hulot, où l’on voit Jacques Tati dans ses œuvres. Raquette en main. Leçon de service. Un moment d’anthologie !

     


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  • Variations sur le Crocodile

    2010-01-28 11:32:40

     

    Dans la galaxie du tennis, les marques sont des constellations. Que d’astres et que de manières de briller !

    Sa carte du ciel est semée de noms mythologiques. Ainsi, une déesse grecque a été convoquée par l’un des équipementiers qui brillent au firmament de l’univers jaune et feutre (Nike).

    Mais pas de centaures ni de griffons comme dans les légendes antiques et la Voie Lactée. La nébuleuse a fait des emprunts au règne animal mais avec des bêtes bien réelles : un fier et cocardier gallinacé (Le coq sportif), un altier félin (Puma) ou un fameux crocodile, métonymie glorieuse du tennis …

    Certains noms de marque sont dépourvus de toute sensualité (Technifibre, une appellation d’énarque ou d’ingénieur des Arts et Métiers), d’autres au contraire revendiquent un univers d’or et de rêves (Prince).

    Mais, dans cette chatoyante musique des sphères du branding sportif, les marques patronymiques tiennent le haut du pavé. Lacoste, Babolat, Adidas (Adolf dit « Adi » Dassler), Wilson, Head, Fila, Tacchini, etc., ont d’abord été des individus avant de devenir des étiquettes.

    Et parmi toutes les marques figurant dans le Gotha du tennis, Lacoste est, à plusieurs titres, la plus emblématique et la plus intéressante à étudier.

    Si beaucoup de champions ont prêté leur nom à des produits de marques (Stan Smith pour une paire de chaussure, Jack Kramer et bien d’autres pour une raquette, etc.), Lacoste est la seule marque à porter le nom d’un ancien numéro un mondial, qui plus est du joueur français le plus célèbre du XXe siècle avec Yannick Noah. Car l’acronyme « RF », pour Roger Federer, est une sous-marque de Nike et non une enseigne à part entière.

    Dépositaire d’un patronyme bien plus illustre, par exemple, que Sergio Tacchini, honnête tennisman et champion d’Italie en 1960, la marque au crocodile s’est en outre imposée comme la plus avant-gardiste de toutes en inventant le polo de tennis (l’indémodable chemisette 1212 en piqué de coton, premier vêtement spécifiquement dédié à la pratique de ce sport) et en lançant un style qui a dépassé les frontières de la planète jaune et conquis tout l’univers fashion.

    C’était d’ailleurs la première fois qu’une marque apparaissait sur l’extérieur d’un vêtement. Ainsi peut-on dire que, dans l’univers de la mode, le crocodile a fait œuvre fondatrice aussi en créant le premier logo vestimentaire de l’histoire, le premier design visible sur le buste. Une broderie de fil vert qui a eu la destinée stylistique et marketing que l’on sait !

    Inventeur génial (de la célèbre chemisette, mais aussi du lance-balle, de la raquette en acier, du « damper » qui amortit les vibrations tout en améliorant la précision des frappes …), René Lacoste a donné à son pays un palmarès sportif exceptionnel et créé une entreprise qui fait partie intégrante du patrimoine économique français. Ce faisant, il a donné naissance à un style vestimentaire qui se confond avec un art de vivre mais il a également endossé, puis popularisé, un vocable qui est devenu un nom propre désignant une façon de jouer au tennis, mieux, une attitude existentielle : le crocodile !

    Ce saurien protéiforme, il l’aura dompté, élevé au statut d’icône publicitaire et fait passer dans le langage commun en lui donnant un coefficient de sympathie dont le redoutable caïman, l’une des créatures les plus primitives et les plus dangereuses du règne animal, est pourtant assez dépourvu … (sauf aux yeux de quelques vétérinaires et chercheurs spécialisés dans son étude et sa protection).

    C’est sous l’égide de cet animal à sang froid dont on s’arrache l’abondante progéniture (soixante millions d’articles vendus chaque année dans le monde !) que se déchaînent depuis le début des années 30 les plus chaudes passions sportives.

    Selon une vieille légende, les crocodiles du Nil attiraient les naïfs en gémissant . Parfois les crocodiles des courts ne procèdent pas autrement. Mimer une fatigue irrépressible, traîner la patte avec un embarras ostensible et douloureux, larmoyer sur soi-même et susciter bruyamment la commisération pour mieux fondre sur sa proie : la tactique est vieille comme le monde mais elle marche encore.
    Les balles de fusil glissent sur le crocodile. De même le crocodile des courts se joue-t-il des projectiles que lui envoie l’adversaire. Sagace, rusé, indestructible, tout en instinct et en calculs, il pare les coups, temporise, feinte et déjoue les plans les mieux huilés.

    Tenace, le cuir tanné et les dents aiguisées, patient et résistant comme une pierre, tel est ce vieux loup de terre. Une espèce redoutable qui dévore les proies tendres tout en donnant du fil à retordre aux plus aguerris. Qui n’est assurément pas en voie de disparition. Et qui, grâce à René Lacoste, a pris rang dans les styles et caractères de la comédie humaine.

    Avec ou sans majuscule, le crocodile a sa place dans la vaste galerie anthropologique, parcourue de mille noms d’animaux, il a sa place à côté du renard, de l’agneau, du chacal, du paon, du lion et j’en passe.  
    Le vocable, devenu sobriquet, n’était pas péjoratif en ses débuts. Lacoste, qui le revendiquait fièrement, se dépeignait en ces termes : « Le Crocodile, votre serviteur, étudiant les jeux de ses adversaires et s’efforçant de les décourager par une patiente défense, émaillée de contre-attaques ».

    Ce crocodile est un caméléon. Quel destin ! Surnom d’un champion, ornement mythique du fameux polo en piqué qui a fait sortir les joueuses et joueurs de tennis de l’Ancien Régime vestimentaire, icône publicitaire connue et copiée dans le monde entier, mais aussi désignation d’un style de jeu sur les courts … Non content de tous ces titres et qualités, la marque au crocodile s’est engagée dans la défense des espèces les plus menacées, telles que le gavial du Gange. Les responsables de la Ferme aux Crocodiles de Pierrelatte ont apprécié et salué cette implication.

    Un drôle d’oiseau, décidément, que ce saurien. Et à propos d’oiseaux, Michel Lacoste, fils de Crocodile Ier et actuel président de Lacoste SA, me rappelait l’autre jour que l’ornithologie avait été l’une de ses passions de jeunesse et il ajoutait en riant que les oiseaux, si l’on en croit la théorie de l’évolution des espèces, ne sont jamais que des sauriens qui ont su prendre de la hauteur !

    Toujours à ce sujet et pour finir ce long propos, une coïncidence qui aurait peut-être amusé Darwin. Le fabricant de Lacoste pour toutes ses lignes de vêtement est la société Devanlay. Cette entreprise a racheté il y a quelques années une célèbre marque de bottes en caoutchouc. Son nom ? Aigle.


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