06/12/10 19:36 | David Brunat
Quelques observations et enseignements tirés de la finale de la Coupe Davis 2010, qui, au-delà de la défaite de la France, entérine l’actuelle suprématie du continent européen sur la planète jaune ...
Depuis hier et ce dimanche poisseux (vu de Paris ou de Montpellier, car depuis Belgrade, rarement dimanche n’a été aussi radieux : un vrai D-Day et Djoko-Day !), les réactions se sont multipliées sur cette singulière finale qui laisse ici un goût amer et là-bas étaye à juste titre la fierté nationale.
Donc je ne vais pas répéter tout ce qui a été dit, souvent bien d’ailleurs. Quelques annotations suffiront. Je les espère originales.
Cette finale, la septième pour les Français depuis 1982 (une finale tous les 4 ans, ce n'est quand même pas mal !!), s’est déroulée sur un rythme saccadé, alternatif, parmi les plus étonnants de ces quinze ou vingt dernières années.
Elle a démarré comme une formalité pour les Français avec une victoire (logique) acquise dans un fauteuil pour Gaël Monfils, auteur d’un retentissant 6/0 dans la dernière manche aux dépens d’un Tipsarevic totalement hors du coup (7 jeux marqués au total). Djokovic s’est empressé de laver l’affront en exécutant Gilles Simon, battu à son tour en trois petits sets sans avoir jamais réellement inquiété le héros des lieux. Retour de bâton !
Puis on a eu droit à un double d’anthologie, gagné au courage, au sang-froid et avec le soutien fiévreux des supporters français. Les Serbes ont semblé voler vers une victoire sans tâche avant que ne se mette à souffler le vent de l’épopée hugolien, celui où, soudain, « l’espoir change de camp ».
Llodra et Clément se sont battus comme des lions et ont appuyé sur l’accélérateur avec l’énergie du désespoir, offrant un incroyable contraste avec les deux rencontres du lendemain où les Bleus (dont un des deux héros de la veille) ont donné l’impression de jouer « avec le frein à main », comme le dit très justement Patrick Mouratoglou.
Intérêt de la Coupe Davis pour les amateurs de double : c’est la seule épreuve du tennis mondial qui accorde une vraie importance – sportive et télévisuelle – à la discipline, dont on ne voit presque jamais une traître image dans les tournois du Grand Chelem ou au Masters. Une honte !
Le deuxième jour de la finale signe l’apothéose du double, unique match de la journée, et le premier à permettre à une des deux équipes finalistes de s’imposer. Et à Belgrade, les amateurs de double ont été servis : ce fut le seul match à suspense et le seul devant lequel on n’a jamais baillé …
Retour à nos moutons. Si Llodra s’est effondré dans le 5e et ultime match après avoir si magistralement « co-vaincu » dans le 3e, Troicki a fait tout le contraire : il s’est redressé (et de quelle manière !) en simple après avoir flanché dans le double. L’un a magnifiquement rebondi après un revers cuisant, l’autre n’a pas su confirmer après un succès éblouissant.
Autre constat : quoi qu’on en dise, il s’en est fallu de peu, du moins sur un plan mathématique. « Un seul point vous manque et tout est dévasté ».
A l’issue du double, les tricolores mènent 2-1 (comme lors de la finale 2002 contre la Russie, que les tricolores perdirent également, et en s’inclinant également dans l’ultime rencontre qui opposait P-H Mathieu à M. Youzhny). Leur compteur restera bloqué sur ce chiffre, quand celui des Serbes sera multiplié … par trois grâce à ces deux matchs de simple remportés avec une extraordinaire maestria et une domination tennistique et arithmétique sans partage (Gaël Monfils a inscrit 8 jeux au total contre Djokovic, et Michael Llodra 7 contre Troicki !).
Autre point : quand le numéro un (sinon au classement ATP, du moins par son talent et son niveau de jeu naturel), quand le leader naturel de l’équipe, est absent des courts, la victoire est toujours plus difficile à obtenir (même si les Bleus se sont qualifiés en quart et en demi sans Jo-Wilfried Tsonga).
Quoi qu’il en soit, bravo à la Serbie, qui gagne sa première Coupe Davis avec l’art et la manière. Exploit dans l'exploit : c'est la quatrième fois seulement dans l'histoire de la compétition qu'une équipe s'impose en ayant perdu le double.
La Serbie, qui, il n’y a pas si longtemps (à la fin de l’ère Milosevic, voilà une dizaine d’années, ce n’est pas vieux !) était au ban des nations, fait son entrée, triomphale et méritée, dans la cour des grands. Et ce à l’heure où elle vient de déposer officiellement sa candidature à l’Union européenne. Bien vu ! Et vive la diplomatie de la raquette !
La victoire de la Serbie élargit le cercle des titulaires du Saladier d’argent. Mais elle ajoute aussi à l’écrasante domination qu’exerce actuellement le continent européen sur le tennis mondial … et accélère l’inexorable érosion du statut des Etats-Unis, qui, depuis 1995, n’ont brandi la Coupe Davis qu’une seule fois (en 2007).
Dernière annotation : une grande carrière de champion passe presque toujours par l’aventure de la Coupe. L’exemple de Novak Djokovic ou de Rafael Nadal l’illustre aujourd’hui avec force, comme celui de John McEnroe ou de Stefan Edberg hier, ou de René Lacoste, Bill Tilden ou Fred Perry avant-hier.
Et n’est-ce pas là, à vrai dire, la pierre qui manque à l’édifice de la plus belle cathédrale jamais érigée sur la planète tennis, celle qui a pour nom un certain Roger Federer, joueur intermittent de Coupe Davis ?
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