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  • Richard Gasquet, l’espoir sans fin

    24/05/10 21:07 | David Saraga
    Richard Gasquet, l’espoir sans fin Durant son match face à Andy Murray, perdu en cinq manches, Richard Gasquet a encore montré ses deux visages. Les visages d’un prodige qui ne parvient pas à s’accomplir totalement. Peut-on encore espérer ?

    C'est dans les grands événements que les grands champions se font. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que Richard Gasquet est aujourd'hui passé à côté d'une belle opportunité de forger sa légende.

    C’est la manière plus que le résultat lui-même (4-6 6-7 6-4 6-2 6-1) qui déçoit et interroge. Il n’est pas illogique ni honteux de s’incliner face à un champion de la trempe de Murray. Ce qui inquiète c’est plutôt la tournure qu’ont pris les évènements lors de ce premier tour.

    Sans rentrer dans le détail de la rencontre, rappelons quelques moments importants. Dans le premier set, on le sent, Richard en veut. Il est en confiance, balance des coups de génies à chaque jeu, des fusées en revers (et en coup droit !) au quatre coin du court, et déstabilise un Murray sur la défensive. Ce dernier craque logiquement devant la furia adverse au pire moment (6-4). Le second set ressemble à s’y méprendre au premier, la réussite en moins. Murray, pugnace, s’accroche. Mais le français est clairement un ton au-dessus et arrache un tie-break serré. Le match bascule peu après. Dans la troisième manche, Gasquet fait très vite le break. A 2-1 service à suivre, le français se relâche soudain. Murray en profite pour recoller et breaker. Même si Richard parvient à reprendre une dernière fois le service de l’Ecossais avant de perdre à nouveau le sien, le match est plié. Gasquet ne reviendra plus jamais. La suite est un long calvaire pour la Biterrois, incapable de se remettre d’aplomb, s’écroulant physiquement jusqu’à la correction du dernier set (6-1).

    Mais revenons un peu en arrière, pour mettre en perspective et saisir l’éternelle frustration que ce joueur si doué inspire à chacun d’entres nous.

    On parle de Richard Gasquet depuis longtemps, très longtemps. En couverture de Tennis Magasine à seulement neuf ans, ce « Mozart des courts » a très jeune été placé sous les feux des projecteurs. Et il faut bien l’avouer, Gasquet méritait à l’époque ces honneurs médiatiques. Avec deux ans d’avance sur sa catégorie d’âge, il surpasse tous ces rivaux. Il reporte le fameux tournoi des « Petits As » à seulement douze ans. En 2002, il devient logiquement champion du monde junior et s’illustre en devenant le plus jeune joueur de l’histoire (15 ans et un mois) à gagner un match lors d’un Masters sur le circuit professionnel. Même Nadal, qu’il rencontre fréquemment, ne fait pas le poids à l’époque.

    S’il lui faut encore quelques années pour rentrer véritablement dans le grand bain, il confirme en 2005 les espoirs placés en lui. En battant le numéro un mondial de l’époque, qui n’est autre que Roger Federer, il signe à Monte-Carlo cette année là son premier exploit. Souvent blessé, en particulier au coude, il n’explose pas vraiment, mais s’illustre de temps en temps. En 2007, il atteint son meilleur classement et, plus important, s’offre la peau d’Andy Roddick sur les courts de Wimbledon pour ce qui reste son match référence en cinq sets. Acclamé par le public, résistant, conquérant et génial, on croit alors que le français a passé un cap…

    Capable du meilleur comme du pire, Gasquet n’a plus, depuis lors, pu réitérer de grandes performances. On connait la suite et l’affaire judiciaire qui lui gâchera plusieurs mois de carrière. En 2010, son retour sur les courts est vécu par son entourage et par le public comme une nouvelle chance, la possibilité de la réalisation des immenses potentialités du joueur. Ces espoirs, attisés par ses récentes victoires à Bordeaux et à Nice, ont été à nouveau déçus aujourd’hui.

    Avec un peu de recul, cette rencontre s’apparente à une descente progressive du niveau de jeu de Gasquet. Proposant un tennis flamboyant et génial dans le premier set, il a lentement baissé de régime jusqu’à parvenir tristement au niveau zéro du tennis dans la dernière manche. Chaque set a été un peu plus difficile physiquement pour le Biterrois qui menait 2 sets et un break d’avance dans la troisième manche avant de se faire avaler par un Murray gaillard et constant.

    Cette pente douce a malheureusement été rendue inéluctable par un facteur connu de tous : la résistance physique. Ce qui a toujours été le point faible de Gasquet ne semble pas s’être amélioré. Et si le joueur a apparemment gagné en maturité, ne manifestant plus son désarroi et sa colère de façon ostentatoire, il n’a pas profité des dernières années pour gagner en résistance et en endurance.

    Vous allez dire : est-ce seulement cela ? Suffirait-il donc pour Gasquet de travailler le physique pour devenir le champion qu’il devrait être ? La réponse est oui, à l’évidence.

    Ce match le prouve bien assez (même si de nombreuses autres confrontations peuvent illustrer ce propos, comme sa défaite face au même Murray à Wimbledon 2008 où celle face à Nadal au Masters 2007). C’est ce travail physique qui a d’ailleurs permis à Andy Murray de devenir le joueur qu’il est. Par le travail dans les salles de gym, par les exercices rigoureux, il s’est frayé une voie vers la réussite. Il est passé d’un joueur bourré de talent comme peut l’être Gasquet à un ogre incontournable du circuit. Et ne parlons pas de Nadal qui en quelques années et quelques séances d’entraînements a laissé sur le bas côté des joueurs plus doués que lui.

    Si la méthode est simple, elle ne semble pourtant pas claire dans toutes les têtes. A commencer par l’intéressé lui-même, qui à la sortie de son match, a offert quelques commentaires pour le moins inquiétants : « Murray est un grand champion, a-t-il analysé. J’ai eu un coup de fatigue terrible. Peut-être que si j’avais eu un jour de repos supplémentaire les choses se seraient passés autrement ». Fair play, le Richard ? Je dirais plutôt fataliste dans la défaite. Pire, Richard semble se chercher des excuses et ne pas se remettre en question. La hargne d’un Djokovic ou d’un Nadal, leur colère après une défaite, la volonté de repartir au travail pour faire mieux la prochaine fois : rien de tel dans les déclarations du français. Son attitude sur le court, tête baissée, traînant sa carcasse douloureusement, laissant les balles passer sans réaction, semble être à l’image de son attitude hors des courts.

    La chance d’une explosion n’est pas passée définitivement. Mais il ne reste plus à Gasquet beaucoup de temps pour la saisir. Mais peut-on encore et toujours espérer ?


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Commentaires

Tout à fait daccord avec ton article David (bravo!). Physiquement, Gasquet a toujours été à la ramasse et là, il venait d'enchaîner Bordeaux & Nice. Dur dur. Au delà de ce problème physique, je pense que le soucis numéro 1 reste et restera à tout jamais son mental, cett envie dont tu parles chez les Nadal ou Djokovic et que manifestement, le français n'a pas.

Rappellez vous aussi de son match contre Gonzo en 1/8ème l'année dernière à melbourne. Même chose....

C'est franchement triste car quand on le voit jouer comme il a joué dans les deux premières manches, on se dit que quand même....

Geoffrey , 24/05/10 21:29


Vous avez sûrement raison, en particulier sur les lacunes physiques de Richard, mais je vous trouve quand même un peu sévère avec ce joueur qui est en reconstruction, qui vient de gagner 2 tournois, qui a dominé Murray pendant plus de deux sets après tous ces matchs des quinze derniers jours.
"Niveau zéro du tennis", là on atteint le délire. Quel est donc votre niveau ?

MissTennis , 24/05/10 23:14


Evidemment, l'article est volontairement sévère et cherche avant tout à provoquer des réactions. Plus qu'une affirmation, je pose une question sur l'avenir de Gasquet.

En filigrane vous aurez perçu l'éloge implicite du jeu de Gasquet, capable d'atteindre des niveaux ahurissants et qui m'a, je l'avoue, procuré une joie immense lors des deux premiers sets.

Lorsque j'écris "niveau zéro du tennis", je me réfère à ces moments d'euphorie. C'est donc sur "l'échelle de Gasquet" que je me situe et non pas sur celle du tennis en général (sur laquelle je me situerais moi-même aux alentours du niveau zéro).

Vous avez toutefois raison de me reprendre car il peut y avoir malentendu. Je me met seulement dans un référentiel autre que celui du tennis amateur. Si je faisais autrement je devrais écrire à longueur de journée que les joueurs pro ont, une nouvelle fois, joué de façon incroyable. Cela deviendrait lassant, n'est-ce pas ?

DavidS , 24/05/10 23:54


Tiens, une nouvelle excuse concernant Gasquet : La reconstruction.. A défaut d'accumuler les trophées, il va accumuler les excuses ce mec.

Il est aussi bon tennistiquement que mauvais physiquement & mentalement. Point barre. Il ne gagnera jamais de grand tournoi, il a rien dans la tête.

David Saraga parle de la 5ème manche concernant le "niveau zéro". Il a raison... non Misstennis?

Wills , 25/05/10 01:11


quel talent tout de même. Il faut maintenant qu'il se fasse mal physiquement parce que son tennis est là... il y arrivera...

spoonnie , 25/05/10 12:20


"quel talent tout de même. Il faut maintenant qu'il se fasse mal physiquement parce que son tennis est là... il y arrivera... "

ça fait quand même 5/6 ans qu'on entend ce refrain......

pachouille , 25/05/10 12:56



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